Accueil Livres Musique Blogue Conférences Biographie Photos Contact

L'ombre du shinobi


L'Ombre du ShinobiLa paix est rétablie dans l’Hokkaidô qui respire enfin. Mais lorsque Yûmi, délurée et intrépide, met à jour d’anciens secrets, la succession de l’empire est menacée. Une rencontre déterminante faite par Taku, son grand frère, pourrait chambouler à la fois la vie intime du garcon et l’avenir du pays.

Plus de 10 ans après l’action mise en scène dans les Fleurs du Nord, on retrouve des membres de la famille Kagi, maintenant adolescents, aux prises avec des enjeux actuels comme l’ouverture à la différence, l’intimidation et le féminisme, dans un Japon historique fictif. Taku et Yûmi, confrontés aux préjugés et aux attentes de leur société, osent tracer leurs voies avec fougue, sensibilité et singularité.

Québec Amérique, 2019, 352 pages, 16,95$ (papier)

Commentaire de l'auteure
Voici un livre dans le même monde que Les Fleurs du Nord qui peut être lu seul, ou par ceux et celles qui ont apprécié Les Fleurs du Nord. Plusieurs personnages des Fleurs sont présents, mais ils sont devenus secondaires. Le lecteur suivra plutôt les vies de Hanako, Shiro, Taku et Yûmi dans la capitale du nord sur une île inspirée du Japon! J'adore ce monde et je m'y amuse beaucoup!

L’artiste qui a fait la superbe couverture se nomme Kôjô Masayuki. Il est originaire de Uji, une ville où j’ai enseigné le français pendant un an. La spécialité de cet artiste est le bujinga, soit les dessins de guerriers. Une grande part de son art se fait en spectacle, ce qu’il nomme le live art. C’est-à-dire qu’il invite les gens à venir le voir créer sa toile devant eux. Je rêvais que mon prochain roman puisse avoir une couverture avec une toile de cet artiste. En 2018, j’ai donc préparé un courriel en japonais, mais je n’ai reçu aucune réponse. Qu’à cela ne tienne! Je partais trois mois à Kyoto en automne, sait-on jamais! Comme de fait, je constate dès mon arrivée au Japon que l’artiste viendra faire un live art à la mairie d’Uji! Mais j'étais à l'école à la même heure! Je finis mes cours, je cours à la gare de Kyoto pour prendre le train vers Uji. Quand je suis arrivée, la toile était rangée, mais Masayuki-san était toujours là, avec ma famille qui le gardait sur place… Il me dit qu’il est intéressé et de contacter son agent par courriel. J’explique donc à son agent que ma maison d’édition paie pour avoir le droit d’utiliser une toile déjà faite, alors pas besoin d’en faire une originale pour moi… Mais son agent me dit que Masayuki-san veut en faire une spécialement pour le roman, alors je dois lui expliquer mon histoire. Et je recevrai effectivement le fichier de la toile, encore plus extraordinaire que tout ce que j’ai pu espérer! Merci beaucoup!

Extrait
Comme les trois dernières fois qu’elle avait quitté la maison en pleine nuit, Yûmi attendit que tout le monde dorme. Dans une demeure comme la leur, chaque son passait les murs légers, mais elle était depuis longtemps maîtresse du silence. Souple, elle se hissa et sortit par la petite fenêtre de sa chambre.

Elle marcha jusqu’à la résidence du prince Chûemon, près du palais impérial. Elle évita les troupes et les chemins éclairés. Elle connaissait maintenant très bien le trajet.

Ses cheveux noirs attachés serré derrière sa tête, son foulard sombre couvrant son visage, elle se fondait dans l’ombre. Elle bondit sur les branches d’un érable et se laissa tomber de l’autre côté du mur protégeant la résidence. Elle jeta un coup d’oeil aux alentours pour vérifier qu’aucun garde ne l’avait entendue, puis elle courut vers l’étang. Elle s’agenouilla au même endroit, appuyée contre le grand pin, et resta immobile. L’observation était la clé pour reconnaître le terrain et repérer les présences humaines, lui avait-on maintes fois répété. Vingt minutes s’écoulèrent. Elle distingua des serviteurs qui passaient du bâtiment principal à ce qui semblait leurs dortoirs, plus loin. Le petit pavillon du musicien paraissait vide. Elle résista à la tentation de le
visiter, se doutant qu’elle n’apprendrait pas grand-chose là.

Il n’y avait aucun signe de vie. Elle attendit encore dix minutes, puis elle bougea. Elle se dirigea vers le bâtiment au
fond de la cour.

Un plancher rossignol encerclait ce superbe pavillon, beaucoup plus grand que le minuscule bâtiment au centre de l’étang. C’était un piège, elle le savait. Qu’un souffle se pose sur le bois de cette galerie, et il se mettait à couiner comme une alarme. Impossible d’utiliser cette voie directe. Mais elle connaissait d’autres trucs. En équilibre précaire sur la barrière, elle sauta sur la statue du dieu qui ornait le coin du toit du pavillon. Elle eut peur un instant que la statue s’écroule sous le choc. Mais le prince Chûemon n’avait chez lui que les meilleurs artisans, et le dieu grimaçant tint bon. Yûmi courut jusqu’au faîte, ses pieds nus effleurant à peine les tuiles. Elle s’agenouilla, jetant encore une fois un coup d’oeil alerte au domaine. La lune était à peine un croissant, mais elle remarqua tout de même que le prince Chûemon disposait d’une vue splendide sur le lac Tôya.

Ce pavillon était probablement inhabité, car aucune fenêtre n’était ouverte, malgré la belle nuit de cette fin de printemps. Elle redescendit et, agrippée au rebord du toit, elle se servit de son orteil pour faire coulisser la porte. Ses bras se mirent à trembler sous l’effort et la concentration. Quand l’ouverture fut suffisamment grande, elle ramena les jambes sous elle pour créer un effet de balancier et se projeta doucement sur le tatami.

Sa main se posa immédiatement sur son kodachi. C’était le moment le plus dangereux. Si quelqu’un dormait dans la pièce, il pourrait avoir été éveillé par l’ouverture de la porte. Mais il n’y avait personne. Ce pavillon était très simple. Une pièce et une alcôve où était exposé le caractère 永 « éternité », l’un des signes les plus difficiles à tracer correctement, Yûmi le savait par expérience. Des fleurs séchées placées dans un pot de céramique ramassaient la poussière. Cette pièce n’avait pas servi depuis longtemps, sans doute à cause de son éloignement des autres pavillons. Le tatami avait séché et craquait sous ses pas. Elle fit tout de même le tour de l’endroit, tapotant le bas des murs et la jonction des plafonds.

Yûmi s’avança vers l’alcôve et souleva le caractère pour vérifier derrière. Elle passa sa main encore une fois sur les côtés, sans grand espoir. Elle ne réussit qu’à effrayer un petit cafard, qui s’échappa et disparut dans le pot.

Elle fronça les sourcils. Le temps avait abîmé la pièce, et un morceau de céramique était tombé, créant ce trou où l’insecte s’était réfugié. Yûmi tenta de soulever les fleurs séchées, mais elles étaient bien ancrées à leur base. Elle sortit alors son kodachi et força les côtés de cette paille devenue dure comme un bloc.

— Ah ! murmura-t-elle.

Sous les fleurs, elle retrouva son ami le cafard, mais il y avait autre chose de plus que ses doigts identifièrent comme un rouleau. Il faisait trop noir pour en savoir plus. Enfin, elle tenait peut-être quelque chose d’intéressant ! Elle plaça le rouleau dans un petit sac et quitta l’endroit. Un hibou hulula et elle reprit le chemin inverse.

Les chansons du livre
À la page 71, Hanako écrit un poème, intitulé Watashi wa hitori (Je suis seule). Le voici mis en musique.

De la même manière, son fils Shiro écrit Quand la Terre parle au Ciel à la page 233. On peut l'écouter ici.